@louga.tv

le secteur du BTP vit une véritable révolution de nos jours . Ce secteur riche et varié regroupe des entreprises très différentes . On y distingue les métiers du bâtiment et celui des travaux publics .

♬ son original – Louga TV📺 – Louga TV📺
absa ndiaye

Invitée sur LougaTV, Absa Ndiaye, formatrice en génie civil au CFP CEFAM et PDG de Ndiambour BET+, a livré une analyse technique pointue des effondrements d’immeubles qui endeuillent le Sénégal. Forte de son expérience terrain, elle détaille les erreurs fatales commises dans la construction.

Face à l’ampleur des effondrements d’immeubles au Sénégal, Absa Ndiaye n’y va pas par quatre chemins. Cette experte du génie civil, qui forme les futurs techniciens et dirige un bureau d’études techniques, pointe du doigt les négligences qui tuent : « Mauvais ferraillage, béton sous-dosé, mais aussi défauts de coffrage – autant de bombes à retardement dans nos constructions. »

Le diamètre du fer : une question de vie ou de mort

« Le problème commence par le choix des matériaux », explique-t-elle d’emblée. « Beaucoup de maçons utilisent du fer de 8 ou 10 millimètres de diamètre là où les calculs structurels exigent du 12, voire du 14 millimètres. » Cette économie de bout de chandelle peut s’avérer fatale.

Dans ses formations au CFP CEFAM, Mme Ndiaye insiste sur cette règle d’or : « Pour les poteaux porteurs d’un immeuble de trois étages et plus, le diamètre minimum du fer principal doit être de 12 mm. Pour les poutres principales, on ne descend jamais en dessous de 14 mm. » Ces standards, tirés des normes européennes et adaptées au contexte sénégalais, ne souffrent aucune dérogation.

Les études préalables : « On ne construit pas à l’aveuglette »

L’experte souligne l’importance cruciale des études géotechniques : « Avant de creuser la première fondation, nous devons connaître la nature du sol sur au moins 3 mètres de profondeur. Sable, argile, latérite… chaque type de sol impose ses propres contraintes de fondation. »

Son bureau d’études, Ndiambour BET+, réalise systématiquement ces investigations. « Un sol argileux nécessite des fondations plus larges et plus profondes qu’un sol sablonneux compact. Ignorer cette étape, c’est condamner l’immeuble avant même sa sortie de terre. »

L’art du ferraillage : précision millimétrique

Absa Ndiaye détaille les bonnes pratiques du ferraillage que tout maçon doit maîtriser : « L’espacement entre les barres longitudinales ne doit jamais dépasser 20 centimètres. Les étriers, ces anneaux qui entourent les barres principales, doivent être placés tous les 15 centimètres maximum dans les zones critiques. »

Elle insiste sur la liaison entre les différents éléments : « La continuité du ferraillage entre poteaux et poutres est vitale. Nous calculons précisément les longueurs de recouvrement – généralement 40 fois le diamètre de la barre pour assurer une liaison parfaite. »

Le béton : « Une science exacte, pas de l’à-peu-près »

« Le dosage du béton n’est pas négociable », martèle la formatrice. « Pour un béton de structure, nous respectons un ratio précis : 350 kg de ciment par mètre cube de béton. Beaucoup de maçons font du 250 kg pour économiser. C’est de l’inconscience pure. »

Elle détaille sa recette éprouvée : « Un sac de ciment de 50 kg, 7 brouettes de sable de rivière, 10 brouettes de gravier calibré, et exactement 25 litres d’eau. Pas un litre de plus, pas un litre de moins. » Cette rigueur, fruit de 15 années d’expérience, garantit la résistance structurelle.

Le coffrage : « La forme détermine la résistance »

Un aspect technique souvent négligé retient particulièrement l’attention d’Absa Ndiaye : le coffrage. « Les défauts de coffrage sont parmi les causes majeures d’effondrement que j’observe sur le terrain », explique-t-elle avec conviction.

« Le coffrage, c’est le moule du béton. S’il est mal fait, toute la structure en pâtit. » Elle détaille les erreurs courantes : « Planches mal ajustées qui laissent fuir la laitance de ciment, étais insuffisants qui fléchissent sous le poids du béton frais, décoffrage prématuré qui fragilise la structure. »

L’experte insiste sur les règles d’or : « Les planches de coffrage doivent être parfaitement jointives et bien étayées. Pour une dalle de 20 cm d’épaisseur, nous plaçons un étai tous les 80 cm dans les deux sens. Et surtout, on ne décoffe jamais avant 21 jours pour les éléments porteurs. »

Les plans : « Une bible à respecter scrupuleusement »

L’un des chevaux de bataille d’Absa Ndiaye concerne le respect des plans d’exécution : « Trop de maçons improvisent sur le chantier. Ils déplacent un poteau de 20 centimètres parce que ‘ça arrange mieux’, ou modifient la section d’une poutre sans consulter l’ingénieur. C’est criminel. »

Elle raconte une anecdote révélatrice : « J’ai découvert sur un chantier à Pikine un maçon qui avait remplacé des poutres de 25×40 cm par des 20×30 cm pour ‘gagner de la place’. L’immeuble présentait déjà des fissures au 2ème étage. Nous avons ordonné l’arrêt immédiat des travaux. »

La formation : l’urgence nationale

Pour Absa Ndiaye, la solution passe par la formation : « Au CFP CEFAM, nous formons des maçons qui savent lire un plan, calculer un dosage, respecter un ferraillage. Mais il faut généraliser cette formation. Trop de maçons travaillent encore ‘au feeling’. »

Elle plaide pour une certification obligatoire : « Un maçon qui construit un immeuble de 3 étages devrait avoir un certificat de compétence, comme un chauffeur a son permis de conduire. C’est une question de sécurité publique. »

L’accompagnement technique : une nécessité

« Notre bureau d’études ne se contente pas de dessiner des plans », précise-t-elle. « Nous accompagnons les chantiers, nous formons les équipes, nous contrôlons l’exécution. Cette présence terrain fait toute la différence. »

Elle conclut par un appel aux propriétaires : « Économiser sur les études techniques ou sur la qualité des matériaux, c’est hypothéquer la vie des futurs occupants. Un bureau d’études coûte 3% du prix de construction. C’est dérisoire face aux enjeux de sécurité. »

Les signaux d’alarme à surveiller

L’experte termine par des conseils pratiques : « Fissures en escalier sur les murs, portes qui se ferment mal, cloisons qui se fissurent… ce sont des signaux d’alarme. Il faut immédiatement faire appel à un expert en structure. »

Face à l’ampleur du défi, Absa Ndiaye reste optimiste : « Nous avons les compétences au Sénégal. Il faut juste de la volonté politique pour imposer les bonnes pratiques et sanctionner les négligences. »

Leave a reply

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici