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Pays-Bas : Joram van Klaveren et l’islam, conversion ou promotion ?

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Après avoir travaillé sur un livre contre les musulmans, l’ex-député néerlandais d’extrême droite, jadis proche de Geert Wilders, a annoncé s’être converti à l’islam.

  •  Pays-Bas : Joram van Klaveren et l’islam, conversion ou promotion ?

Si les déclarations fracassantes de l’extrême droite à l’encontre de l’islam défraient régulièrement la chronique aux Pays-Bas, Joram van Klaveren a lancé lundi soir un nouveau type de pavé dans la mare. Cet ancien proche de Geert Wilders, le président du Parti de la liberté (PVV), situé tout à droite de l’échiquier politique néerlandais, a annoncé s’être converti à l’islam. Une décision pour le moins surprenante de la part d’un homme qui a passé les dernières années à réclamer une interdiction du voile intégral comme des minarets, et surtout la «désislamisation» des Pays-Bas.

Révélation

Après quatre ans à siéger au Parlement comme député et président du groupe PVV (aujourd’hui, 20 élus sur 150), il avait claqué la porte du parti en 2014, en désaccord avec une ligne jugée pas assez libérale sur les questions sociales. Il n’a quitté la scène politique qu’en 2017, après sa cuisante défaite aux élections législatives, où il concourait sous l’étiquette de son propre parti, VoorNederland («Pour les Pays-Bas»). Sans abandonner ses leitmotivs favoris, tels que «l’islam est un mensonge», «Mahomet est un escroc» ou «le Coran est un poison».

Puis, du jour au lendemain, tout a changé. Joram van Klaveren affirme avoir connu une révélation en travaillant sur un livre pourtant destiné à décrire toutes les menaces que l’islam ferait courir aux sociétés européennes. Son ouvrage, intitulé Apostat : du christianisme à l’islam à l’heure de la terreur séculaire, a été transformé en «une réfutation des objections que les non-musulmans ont vis-à-vis de l’islam», a expliqué cet homme de 40 ans, marié et père de deux enfants, au journal NRC Handelsblad.

Son parcours de conversion est étonnamment proche de celui d’Arnoud van Doorn. Ancien élu du PVV comme Joram Van Klaveren, ce conseiller municipal d’Amsterdam s’est converti à l’islam en 2013, après un mouvement de réflexion sur la rhétorique islamophobe de son propre parti. «Il y avait tellement d’histoires négatives sur l’islam que j’ai ressenti le besoin de faire mes propres recherches et de déterminer ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas», expliquait-il à l’époque. Toujours investi en politique, il milite désormais pour que les mosquées néerlandaises soient protégées par la police, comme le sont déjà les synagogues.

«Le PVV défend la vision d’une Europe blanche et chrétienne dont l’identité serait mise en danger par le multiculturalisme prôné par les élites nationales et européennes, explique la doctorante à l’Institut français de géopolitique Anaïs Voy-Gillis. Son discours est construit contre un ennemi qui serait à la fois extérieur, l’islam, et intérieur, les migrants et les minorités.» Une idéologie portée par l’omniprésent président du parti, Geert Wilders, qui n’a pas hésité à mettre sur le même plan le Coran et le pamphlet antisémite d’Adolf Hitler, Mein Kampf.

En apprenant la conversion à l’islam de son ancien bras droit, le leader de l’extrême droite a tenté une nouvelle comparaison : «C’est à peu près comme si un végétarien allait travailler dans un abattoir.» Jan Roos, avec qui Joram van Klaveren a fondé le parti VoorNederland, a estimé, quant à lui, qu’il s’agissait «d’un coup publicitaire», uniquement destiné à faire vendre son livre, dont la sortie est prévue prochainement. Quant au principal intéressé, il estime que sa conversion est tout simplement «un retour religieux», après une éducation dans une famille protestante orthodoxe.

Barbecues

Pour autant, le discours islamophobe professé jusque récemment par Joram van Klaveren n’est pas resté sans conséquence. Le nombre d’incidents violents en provenance de l’extrême droite a triplé en trois ans, d’après deux rapports publiés à la fin de l’année 2018 et relayés par le quotidien De Volkskrant. Et les cibles ont changé : le néonazisme qui s’attaquait en premier lieu aux Juifs a laissé place à un combat contre l’islam. Les militants de Pegida, un mouvement islamophobe né en Allemagne et qui a essaimé depuis aux Pays-Bas, organisent régulièrement des manifestations contre les musulmans aux abords des mosquées. Pendant le ramadan de l’été dernier, des barbecues à base de porc avaient même eu lieu à la sortie des prières, à Rotterdam.

La rhétorique du PVV continue dans ce contexte à avoir le vent en poupe. «Bien qu’il constitue la deuxième force politique du pays au Parlement, le PVV est aujourd’hui assez isolé sur la scène nationale, estime Anaïs Voy-Gillis. En revanche, il devrait faire un bon score aux élections européennes de mai, en surfant sur la crise de la représentativité, le rejet de l’immigration et des politiques de Bruxelles en la matière.»

Nelly Didelot

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