Un an jour pour jour après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, la République islamique annonce à son tour suspendre certains de ses engagements. Cet accord conclu par Téhéran et les grandes puissances en 2015 avait permis la levée des sanctions économiques internationales imposées à l’Iran, et en contrepartie ce pays avait accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire. Sans surprise, la décision iranienne a entraîné une vague de réactions internationales.Il y a ceux qui avertissent l’Iran, comme la France qui brandit la menace de sanctions européennes,  l’Allemagne qui a appelé le pays au respect de la totalité de l’accord sur le nucléaire, ou le Royaume-Uni qui estime «inopportune» la décision de l’Iran et ceux qui au contraire tentent de calmer le jeu. La Chine, notamment prône l’apaisement. « Il faut rester dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien », explique Pékin. Ce message s’adresse aussi bien aux Iraniens qu’aux autres pays membres de cet accord.

Il ne faut pas oublier que l’Iran a été un bon élève jusqu’à présent. Son programme nucléaire a été scruté à la loupe par les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Énergie atomiqueet les rapports de l’AIEA sont sans appel : la République islamique respecte ses engagements à la lettre.

C’est le retrait américain de l’accord en mai 2018 et le rétablissement de sanctions économiques par le président Donald Trump qui chamboulent la situation.

Face à ces sanctions américaines, les autres signataires ont été incapables de garantir à l’Iran les retombées économiques qu’il escomptait.

La République islamique perd patience. Plus question de limiter l’enrichissement d’uranium. Cela ouvre la porte à un programme nucléaire militaire. Réaction immédiate du Premier ministre Benyamin Netanyahu : Israël ne permettra pas à l’Iran de se doter de l’arme atomique.

Moscou exhorte les signataires de l’accord à «remplir leurs obligations»

Le chef de la diplomatie russe s’est rangé du côté de Téhéran, en affirmant « comprendre » ses raisons, à l’issue de pourparlers à Moscou avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif. La Russie a accusé mercredi 8 mai les États-Unis d’être les seuls responsables de la crise actuelle. Le Kremlin avait dénoncé un peu plus tôt la « pression déraisonnable » subie par l’Iran et avancé les « mesures irréfléchies » prises par Washington.

La Russie s’en prend également aux Européens, jugés trop timorés face à Washington, nous rapporte notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot. « Nous allons avant tout chercher à convaincre nos partenaires européens de respecter leurs promesses », a déclaré Sergueï Lavrov, citant le mécanisme européen qui permettrait à Téhéran d’exporter son pétrole sans « dépendre du système américain ».

De son côté, Mohammad Javad Zarif a lui aussi accusé les Européens de « n’avoir rempli aucune de leurs obligations » : « Ils ont publié de beaux communiqués, mais dans la pratique, il ne s’est rien passé », a-t-il notamment déclaré.

Téhéran leur lance donc un ultimatum : « Vous avez 60 jours pour respecter votre parole, dans le cas contraire la République islamique renoncera à appliquer d’autres de ses engagements ».

?Les États-Unis jugent «intentionnellement ambiguës» les annonces de l’Iran

En visite à Londres, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a jugé « intentionnellement ambiguës » les annonces de Téhéran. « Il faut que nous attendions de voir quelles seront vraiment les actions de l’Iran » avant de décider d’une réponse américaine, a-t-il souligné.

De son côté, ministre des Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt a qualifié d’« inopportune » la démarche iranienne et prévenu qu’il y aurait des « conséquences » si l’Iran cessait de respecter ses engagements.

? Que peuvent faire les Européens ? Analyse de Benjamin Hautecouverture, spécialiste des questions de sécurité internationale et de prolifération des armes de destruction massive à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS)

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