Depuis sa nomination à la tête de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS), Pape Alé Niang, ancien journaliste d’investigation, est au cœur d’une série de controverses internes. Plusieurs sources, documents et témoignages recueillis font état de pratiques jugées irrégulières, de dépenses non justifiées, de recrutements douteux et d’une gestion marquée par l’opacité. Voici les faits rapportés.
- Travaux de réfection sans appel d’offres : un chantier à 100 millions
La réhabilitation de l’ancien bâtiment de la RTS aurait été budgétisée à plus de 100 millions de francs CFA. Pourtant, aucun appel d’offres n’aurait été lancé, en violation des règles de passation des marchés publics. Les dépenses auraient été fragmentées en plusieurs Demandes de Renseignements et de Prix (DRP) de 4 à 7 millions de francs CFA, une pratique assimilée à du saucissonnage, prohibée par l’ARCOP. La Direction centrale des marchés publics (DCMP) n’aurait pas été informée.
Par ailleurs, un second bureau aurait été aménagé pour le DG dans ce même bâtiment, pour un coût estimé à 25 millions de francs CFA, alors qu’il dispose déjà d’un bureau dans le nouveau siège. Ce second espace ne comprendrait aucun poste pour ses secrétaires, uniquement un bureau pour son chef de protocole.
- Remboursements privés sur fonds publics
Selon plusieurs sources internes, Pape Alé Niang passerait régulièrement ses week-ends à l’hôtel Azalaï. Il règlerait les frais avec ses propres moyens, puis transmettrait les factures dès le lundi matin pour remboursement par la RTS. Ces remboursements seraient effectués par chèque à son nom, sans validation formelle par les organes de contrôle internes. Cette pratique soulève des interrogations sur la conformité avec les règles de gestion des finances publiques.
- Doubles paiements et voyages à but personnel
À son retour de congé, le DG aurait perçu une seconde fois son salaire mensuel, soit 5,6 millions de francs CFA, alors qu’il avait déjà été payé avant son départ, avec l’accord de la Direction administrative et financière (DAF). Ce double paiement, s’il est avéré, constitue une irrégularité manifeste.
Par ailleurs, un contrat d’échange de marchandises aurait été signé avec Air Sénégal, permettant au DG de voyager chaque mois entre cinq et sept jours, accompagné de sa compagne, avec des frais de mission de 250 000 francs CFA par jour. Ce contrat, conclu sans nécessité opérationnelle pour la RTS, semble avoir été motivé par des intérêts personnels.
- Gestion centralisée et opaque des caisses d’avance
Magnick Guissé, un ancien collaborateur de Moustapha Guirassy, aurait été nommé Directeur de l’approvisionnement et de la logistique, malgré des antécédents de surfacturation. Il gérerait à lui seul les véhicules, le carburant, les achats et 17 caisses d’avance. Chaque mois, un virement de 3 millions de francs CFA serait effectué sur son compte Wave personnel pour couvrir les dépenses de Dakar et des stations régionales.
Cette centralisation aurait entraîné un ralentissement du fonctionnement des stations régionales, qui disposaient auparavant de leur propre caisse d’avance pour assurer l’autonomie de gestion.
- Abandon du système SAGE et retour à la gestion manuelle
Le système d’information SAGE, acquis par la RTS pour assurer la transparence des achats, aurait été abandonné dès l’arrivée de M. Guissé. Ce dernier aurait imposé un retour à la gestion manuelle, sans traçabilité numérique. Le directeur du contrôle de gestion, placé sous pression, validerait des décisions jugées irrégulières par crainte d’être écarté. Pape Alé Niang l’aurait publiquement traité de “voleur”, en référence à son passé de DAF sous la direction de Racine Talla.
- Dissolution des cellules de contrôle et d’audit
La cellule d’audit interne et celle du contrôle de gestion ont été dissoutes. Selon des sources internes, cette décision serait liée au refus d’une responsable de valider des engagements jugés illégaux dans le cadre des travaux de réfection. Elle aurait adressé une lettre de désaccord formel, dénonçant les pratiques contraires aux règles de passation des marchés. Elle a été démise de ses fonctions peu après.
- Dépenses liées à la CAN : bons fictifs et frais journaliers
Un compte de 25 millions de francs CFA aurait été mis à la disposition du DG pour son hébergement au Maroc durant la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Des bons de commande fictifs auraient été utilisés pour justifier ces dépenses. En plus de cette enveloppe, Pape Alé Niang percevrait des frais de mission de 250 000 francs CFA par jour, sans justification claire de sa mission sur place.
- Mise à l’écart de cadres historiques
Plusieurs figures emblématiques de la RTS2, dont Yakham Thiam, auraient été écartées sans justification officielle. D’autres agents connus du public ne sont plus visibles à l’antenne. L’équipe de RTS2 serait aujourd’hui marginalisée, sans plan de redéploiement ni communication interne.
- Recrutements jugés abusifs
Des conseillers auraient été nommés dans chaque direction, sans mission clairement définie. Un retraité aurait été recruté comme conseiller financier avec un contrat de prestation d’un an renouvelable, rémunéré à hauteur d’un million de francs CFA par mois. Cette décision intervient alors que plusieurs agents ont été suspendus dans le cadre d’une politique de rationalisation.
- Absence prolongée de DRH
Depuis près de six mois, la RTS ne dispose plus de Directeur des Ressources Humaines. L’intérim est assuré par le Directeur Financier et Comptable, une situation jugée anormale dans une entreprise publique de cette envergure. Cette vacance fragilise la gestion du personnel et l’application des procédures internes.


